Architecture ouest-africaine

Les paroles sages des doyens dogons émanent du toguna (case à palabres), une structure architecturale qui, en soi, « parle ». Son toit bas et épais, fait de tiges de mil, témoigne du soleil malien implacable, et ses huit piliers porteurs sculptés, qui représentent les huit ancêtres primordiaux, témoignent de l’utilisation astucieuse du bois d’acacia naturellement fourchu — rare, le long des falaises de grès de Bandiagara.

Photographie d'un toguna ou case à palavre dogon, avec des statues engravées dans ses pilliers, un bel exemple d'architecture ouest-africaine.
Toguna dogon. Photographie : Valtram.

Une architecture qui « parle »

L’architecture ouest-africaine dans son ensemble, « née in situ et façonnée par les contraintes locales »​ [1]​, est une expression contextuelle, une réponse pratique et esthétique à l’environnement alentour, aux matériaux de base disponibles, à la perception culturelle de l’espace, du temps et de sa place dans l’univers. Dans l’architecture ouest-africaine, composée principalement de matériaux végétaux ou de terre, les formes vernaculaires sont aussi diversifiées que les peuples et les paysages qu’ils occupent.

Photographie de l'architecture ouest-africaine au Bénin, une structure faite de bambou, construite au dessus de la rivière.
Bambou au Bénin de Habib Meme & John-Ellis.

L’architecture traditionnelle des Fantis, Éwés, Mendés, Adjas, Fons et Wolofs, surélevée et percée d’ouvertures, fait écho aux forêts humides côtières de longs bambou et de palmes, accessibles et faciles à aligner.

Le pisé curvilinéaire, plus isolant, est la réponse expressive des Malinkés, Gourounsis, Mossis, Dagombas, Sombas, et Haoussas aux demandes du vent aride, rude et poussiéreux de la savane intérieure.​ [2]​ Et ces expressions deviennent d’autant plus claires, éloquentes et profondes lorsque les éléments architecturaux — murs pigmentés, portes et serrures sculptées, etc. — y sont ajoutés pour refléter la culture.

« Les bâtiments traditionnels racontent des histoires à travers leurs motifs, leurs couleurs et leurs décors, soit par des sculptures séparées, soit par les reliefs intégrés aux murs, aux panneaux de portes et aux autres éléments architecturaux. Dans l’architecture traditionnelle des Yoroubas, par exemple, les poteaux figuratifs de la maison qui soutiennent le toit sont comme des mâts totémiques, avec des éléments structuraux empilés les uns sur les autres, qui représentent un panthéon de divinités ou qui égrènent des noms de batailles et de conquêtes tribales. »

― Mathias Agbo, Jr​.​ [3]​

Les paires de piliers en bois sculpté, obashi, relatent l’union primordiale qui a présidé à la naissance du monde pour le peuple de l’état Cross River du Nigéria.​ [2]​ Les symboles peints sur les bas-reliefs qui couvrent les sukhala sans fenêtres des Kassenas communiquent l’identité spirituelle, sociale et historique d’une culture entière.

Photographie d'une architecture ouest-africaine au Burkina Faso: un village de bâtiments en terre battue appellés Sukhala, peints avec des motifs géométriques.
Maisons Sukhala peintes à la main à Tiebele au Burkina Faso par Anthony Pappone.

Une architecture qui reflète

Les côtes en terre caractéristiques des voûtes imposantes et célébrées des Haoussas rappellent les branches courbées, revêtues de textiles et de cuir, de l’architecture mobile des Songhaïs, des Peuls et des Touaregs.

Photographie en noir et blanc d'hommes haoussas en train d'ériger une voûte en terre, une construction typique de l'architecture ouest-africaine de cette région du Niger.
Construction d’une voûte haoussa à Tahoua au Niger / La Documentation Française, Paris.

À travers l’Afrique de l’Ouest, les motifs se répondent d’une autre façon frappante. Si l’on zoome en avant depuis le dessin élaboré des villes anciennes jusqu’aux villages, aux enceintes, aux maisons, et encore plus loin, aux motifs géométriques de leurs murs, des formes récurrentes, à des échelles de plus en plus petites ― rectangles à l’intérieur de rectangles, cercles en abîmes ― émergent. Cette esthétique fractale n’est pas limitée à l’architecture ouest-africaine ; les motifs récurrents se reflètent dans les textiles, les sculptures, les tresses plaquées, etc.​ [4]​

Photographie aérienne du village de Labbenzanga au Mali qui montre la géométrie fractale de l'architecture ouest-africaine.
Vue aérienne de Labbenzanga au Mali par Georg Gerster.

Une architecture qui inspire

Que ce soit le symbolisme anthropomorphe des maisons des Dogons ― rectangles insérés les uns dans les autres représentant les bras ou les mains ―, celui des greniers des Tallensi ― aux murs internes disposés comme les rayons d’une roue depuis le centre spirituel ― ou encore celui des poutres qui font saillie des structures soudano-sahéliennes comme la Grande Mosquée de Djenné​ [2]​, symboles ancestraux de continuité, les formes et textures architecturales de l’Afrique de l’Ouest sont source d’inspiration.

Photographie de la Grande Mosquée de Djenné, un bel exemple de l'architecture ouest-africaine et sahélienne.
La Grande Mosquée de Djenné par Willemstom.

L’architecture ouest-africaine, ainsi que les artisans qui l’érigent, ont inspiré les premiers articles d’une série en cours :

Sources et lectures complémentaires

  1. [1]
    Frey P., Bouchain P. Learning From Vernacular. Arles, France : Actes Sud, 2013.
  2. [2]
    Prussin L. « An Introduction to Indigenous African Architecture ». Journal of the Society of Architectural Historians [En ligne]. octobre 1974. Vol. 33, n°3, p. 183‑205. Disponible sur : < https://doi.org/10.2307/988854 >
  3. [3]
    Agbo, Jr. M. « African architecture: Ornaments, Crime & Prejudice ». In : Design Indaba [En ligne]. [s.l.] : [s.n.], 2019. Disponible sur : < https://www.designindaba.com/articles/point-view/african-architecture-ornaments-crime-prejudice >
  4. [4]
    Eglash R. African Fractals: Modern Computing and Indigenous Design. New Jersey, USA : Rutgers University Press, 1999.