Baobab, muse mythique

Peinture en aquarelle d'un baobab dans le carnet de voyage de Géraldine Gabin. L'arbre Baobab est torturé et contouré d'encre noire, seuls quelques fruits et quelques fleurs poussent sur ses branches sans feuilles.
“Baobab” de Géraldine Gabin.

“Arbre majestueux au tronc massif, le baobab règne au milieu de la nature tel le lion parmi les animaux. Ses énormes branches à l’aspect torturé, ressemblant à des racines, accréditent la croyance que, grâce à elles, il tire sa force du ciel.” ― Sylviane Janin.

Le baobab, en tant que muse

Cette icône de la savane ouest-africaine — noble, vénérable, qui semble éternelle — a pris racine, bien au-delà de ses prairies semi-arides, dans le paysage fertile du monde littéraire. Depuis sa première apparition reconnaissable dans les anciens récits de voyages d’Ibn Battuta (1352) à son émergence sous forme d’illustration et de prose sur la planète imaginaire d’Antoine de Saint-Exupéry, l’Astéroïde B-612, l’imposant baobab a inspiré l’écoulement de beaucoup d’encre. Il est apparu sur les couvertures d’œuvres comme Les Soupirs du Baobab de Mamadou Dramane Traoré et L’Ombre du Baobab, une collection de poèmes en wolof de Daouda Ndiaye.

Dans Zin-Damba Naab (Le Génie du baobab),  Jean-Noël Sibiri Ouédraogo transcrit, dans sa langue natale mòoré, le conte oral burkinabé du baobab qui parle, tandis que sa contrepartie sénégalaise loquace, le Koundjere Koudoume (Le Baobab magique) allégorique, est racontée par Penda Soumare.

Muse de lointains poètes et de sages de villages locaux qui se rassemblent dans son ombre, protagoniste de contes et de légendes, terrain sacré des esprits et des mystiques, le baobab est, dans le sens Shakespearien, « l’étoffe dont sont faits les rêves. » Il s’élève au-dessus de l’horizon terrestre pour devenir « l’étoffe » conceptuelle des maximes, des métaphores, et des mythes à travers l’Afrique de l’Ouest.

Nunya, adidoe, asi metunee o.

La sagesse est le tronc d’un baobab qu’une seule personne ne peut embrasser. ― Proverbe éwé

Peinture murale d'une femme Yorouba portant une robe colorée de rouge, qui tend la main pour offrir un oiseau. Elle porte un baobab sur son dos, comme elle porterait un enfant.
L’art d’Alexandre Keto, inspiré par le baobab.

Le baobab, faiseur de mythes

Une multitude de dieux de différentes cultures ouest-africaines luttent pour s’attribuer la propulsion du premier baobab vers le ciel, et son ultime atterrissage « à l’envers. » Mais le Dieu créateur des Sérères, Roog (ou Koox en cangin), peut s’attribuer le mérite, au moins au Sénégal, de sa genèse dans le marais primordial de silence et de ténèbres. Comme la plupart des arbres adorés de la mythologie sérère, le baobab (mbudaay-baak) n’est que rarement abattu, et à cette rare occasion, les incantations (jat, muslaay, leemaay) adressées à la hache meurtrière, implorent pardon. De même les Dogons de la falaise de Bandiagara au Mali — qui d’ailleurs utilisent des cordes d’écorce de baobab pour y grimper — ne peuvent couper, acheter, ou vendre cet « arbre de vie. »

Le baobab est si symbolique de vie, de puissance, et de sagesse, que c’est lorsque Soundiata, d’après les griots, déracina et emporta un baobab entier pour le présenter à sa mère, qu’il devient « le lion de l’empire du Mali. » Ce n’est pas à la légère que les griots eux-mêmes, en tant que gardiens traditionnels de la connaissance ancestrale, sont parfois inhumés dans la cavité sacrée d’un baobab.

« Les griots sont des recueils de connaissance. Les enterrer sous terre, c’est comme enterrer notre passé, et on ne peut pas faire ça parce que la connaissance illumine […]. Il est essentiel de choisir un baobab qui n’est pas occupé par les esprits. »  ― Abdoulaye Sene, griot sérère.

Dans l’enceinte du baobab, on peut préserver de l’eau, détenir des prisonniers (Nigéria), ou abriter le métier d’un tisserand contre l’impitoyable soleil ouest-africain (Mali, selon Ibn Battuta au XIVe siècle). Et dans ses graines repose « l’étoffe » de muses à venir.

« Le savoir est une lumière qui est en l’homme. Il est l’héritage de tout ce que les ancêtres ont pu connaître et qu’ils nous ont transmis en germe, tout comme le baobab est contenu en puissance dans sa graine. »  ― Tierno Bokar, sage de Bandiagara.

Sources et lecture complémentaire

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