Histoire des Bambaras: Ségou et Kaarta

De nombreuses histoires orales, mythes et conjectures obscurcissent les origines des Bambaras. Certains déclarent que leurs ancêtres ont émigré du désert du Sahara. D’autres disent qu’ils viennent de la vallée Wassoulou, une zone chevauchant l’extrême sud de l’actuel Mali, l’est de la Guinée et le nord de la Côte d’Ivoire. D’autres encore supposent que leur langue et leurs traditions sont tellement similaires à celles des Mandingues, des Bozos, des Soninkés et autres groupes, qu’ils doivent être indigènes à la boucle du Niger.

Quoi qu’il en soit, les Bambaras faisaient partie d’un État puissant — l’Empire du Mali — au 13ème siècle. De cela, au moins, nous sommes sûrs, et c’est là que leur histoire commence vraiment.

Illustration de deux Bambaras portant les habits traditionnels
« Types et coiffures de Bambaras. » 1872.
Source: The New York Public Library Digital Collections.

Resistance Bambara et migration

Les Bambaras ont fermement résisté à l’Islam, une religion que leurs chefs avaient embrassée, en faveur de leur religion traditionnelle et leur culte des ancêtres. Ce pourrait être lors du règne de Mansa Musa I (reg. 1307 – 1337), qui avait gaspillé le vaste trésor de l’empire pendant son pèlerinage à la Mecque, que les Bambaras rompent avec les Mandingues musulmans. Ils créent une société secrète, Koma, et se nomment Banmana, ce qui veut dire « ceux qui refusent la soumission ». (De ban, le mot pour « fin, refuser », et mana, qui veut dire « maîtres, Mansa »).

Au cours des prochains siècles, les Bambaras se frayent un chemin le long du Niger. Certains vont peupler les régions de Bougouni, Bamako et Bendougou, pendant que les autres continuent vers le nord-est pour arriver autour de Djenné et Ségou.

Niangolo et Baramangolo

Bien sûr, une telle histoire de migration ne peut aller sans son propre mythe, si prévalent à travers l’Afrique, de traversée de fleuve.

Deux frères, Niangolo et Baramangolo, atteignent le fleuve — soit le Niger, soit le Boulé, les histoires varient —, des ennemis sur leurs talons. Hors de souffle et par malchance, ils ne peuvent pas trouver de pirogue pour leur traversée. Ils désespèrent, leurs poursuivants approchant vite, jusqu’à ce qu’un énorme m’polio (silure) émerge de l’eau pour leur offrir de l’aide. Certaines versions disent que le silure les emporte sur son dos, d’autres que le poisson se transforme en pont.

A l’insistance de sa femme et ses enfants affamés, Niangolo tue ensuite leur sauveur, au grand chagrin de Baramangolo. Cet acte présage une longue rivalité entre les frères, transmise à travers les générations à leurs descendants.

Il est dit que tous les Bambaras ont pris le nom de « Coulibaly » à ce moment-là (le nom voulant dire « sans pirogue » : de kulu, le mot pour « pirogue » et bali, privatif). Plus tard, ce nom ne fera référence qu’aux descendants de Baramangolo, comme ceux de Niangolo prendront le nom « Massasi ». Les Coulibaly refusent encore à ce jour de manger de la silure. Les autres Bambaras en mangent, mais ils prennent toutefois la peine de laisser la tête du poisson intacte.

Apres ça, les frères se séparent. Baramangolo s’établit sur la rive droite du Niger, à Ségou, et Niangolo construit son tata (un fort) appellé Baïko sur la rive gauche.

Assimilation et montée en puissance

Les Bambaras progressent rapidement du statut de refugiés à celui de protecteurs et enfin celui de maîtres de leur terre adoptive.

Les Soninkés, principalement des commerçants et parfois marchants d’esclaves, avaient vécu dans cette région pendant des générations avant l’arrivée des Bambaras. Pas très intéressés par l’art de la guerre, les Soninkés de Ségou accueillent Baramangolo et ses guerriers, qui leur permettent de défendre leurs frontières. Dans la région de Baïko, les Soninkés essayent maintes fois de prendre le fort de Niangolo avant d’abandonner et d’établir des relations paisibles avec les nouveaux-venus. Paisibles, jusqu’à ce que des prisonniers apportés par les Dioulas (un autre groupe ethnique Mandé de marchands) rebellent et se joignent aux forces de Niangolo.

Royaumes Bambaras de Ségou et Kaarta

Situez ces royaumes dans le temps avec une frise chronologique et l’article sur l’Histoire entière de l’Afrique de l’Ouest.

Carte montrant les royaumes Bambara de Kaarta et Ségou parmi les autres États de l'Afrique de l'Ouest dans les années 1800.
Carte des États d’Afrique de l’Ouest aux environs de 1800, montrant les royaumes Bambara de Kaarta et Ségou.
Source: Encyclopedia of African History and Culture – Vol III, 2001.

Royaume de Ségou (ou Empire Bambara)

Au 17ème siècle, l’un des descendants the Baramangolo, Kaladian Coulibaly (reg. v. 1652 – 1682), fonde le royaume de Ségou. Pourtant une des forces dominantes dans la région, l’État ne devient jamais assez stable pour survivre à sa mort. Quelques décennies plus tard, vers 1712, son arrière-petit-fils, Mamari « Biton » Coulibaly, établit l’Empire Bambara au même endroit.

Dynastie Bitonsi

Peinture murale de Biton Coulibaly, roi de l'Empire Bambara, à Ségou au Mali.
Peinture murale de Biton Coulibaly, à Ségou au Mali.

Mamari Coulibaly (reg. 1712 – 1755) aurait été doté d’une force extraordinaire, né d’une mère qui brassait du dolo (bière de millet) et de l’hydromel. Il devient vite le chef de son ton — une association de jeunes hommes circoncis en même temps — ce qui lui a valu le surnom Biton.

Les légendes disent que Biton a une fois surpris la fille du génie de la rivière, Fâro, essayant de voler des aubergines de son champ. Après avoir réfléchi à que faire de la voleuse, il décide d’épargner sa vie. Très reconnaissant de cette clémence, Fâro met une goutte de lait dans chacune des oreilles de Biton, bénissant son règne et lui donnant le pouvoir d’entendre tous les complots contre lui.

Pendant son règne, Biton repousse plusieurs attaques de l’Empire Kong (un État musulman qui s’étend sur la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso actuels), l’une d’entre elles avec un essaim d’abeilles. Il force le royaume bambara rival the Kaarta à se déplacer plus à l’ouest, et étend son empire de Bamako au sud-ouest, à Djenné et Tombouctou au nord-est. Enfin, en 1751, il conquiert même Niani, la capitale de l’Empire du Mali maintenant en déclin.

Les fils de Biton n’ont malheureusement jamais été à la hauteur de leur nom. Exécuté pour cause de tyrannie, Denkoro règne moins de trois ans (reg. 1755 – 1757). Son frère Ali, un musulman fervent, essaye de convertir ses sujets à l’Islam en interdisant les cultes animistes, les religions traditionnelles, et la consommation de bière de millet. Terriblement impopulaire, il est rapidement assassiné, ce qui marque la fin de la dynastie Bitonsi, et précipite l’empire dans le chaos.

Dynastie Ngolosi

Ngolo Diarra (reg. 1766 – 1790), un esclave affranchi, s’empare du trône en persuadant les chefs de guerre de jurer sur des objets magiques que Biton lui-même l’avait nommé successeur. Il restore l’ordre, consolide la monarchie et renforce son emprise sur Tombouctou et Macina. Il meurt dans une campagne contre les Mossis, après avoir fondé une dynastie qui règnera jusqu’à la chute de l’empire.

« L’aspect de cette grande ville [de Ségou], ces nombreux canots qui couvraient la rivière, cette population active, les terres cultivées qui s’étendaient au loin à l’entour me présentaient un tableau d’opulence et de civilisation que je ne m’étais pas attendu à rencontrer dans le centre de l’Afrique. »

— Mungo Park, explorateur écossais, visitant Ségou en 1796

Monzon Diarra (reg. 1790 – 1808) a dû lutter contre son frère pour succéder à son père. Il étire les frontières de l’empire en conquérant Tombouctou une fois pour toute, et en s’emparant de la ville de Guémou, capitale de Kaarta. Il remet le flambeau à son fils, Da (reg. 1808 – 1827), qui poursuit cet élan en repoussant l’Empire de Macina.

Une longue succession des frères de Da s’ensuit, mais l’Empire Bambara de Ségou est en déclin, et ne voit pas une autre génération de rois.

Royaume de Kaarta

Illustration d'un homme Bambara fumant une pipe.
« Type Bambara », 1885.
Source: New York Public Library Digital Collections

Le petit-fils de Niangolo, Massa  (reg. v. 1666 – 1710), est un fermier célèbre qui engendre un nombre immense d’enfants. Il déploie une stratégie astucieuse pour accroitre le royaume. Au lieu de marier ses filles à des princes, il les offre à de pauvres paysans. En échange, ses nouveaux gendres prêtent allégeance à lui et à sa cause.

D’autre part, il lance des raids qui attirent de forts guerriers et aventuriers. Massa ne les accepte que s’ils prouvent leur savoir-faire agricole. C’est ce roi qui donne son nom à la dynastie : Massasi veut dire à la fois « fils de Massa » et « descendant du roi ».

Benefali (reg. v. 1710 – 1745) suit la stratégie de son père à la lettre. Quand Foulakoro (reg. v. 1745 – 1754) succède à son frère, il ne peut éviter une confrontation avec ses voisins et rivaux, le royaume de Ségou. Bien que les Massasi aient les meilleurs titres de noblesse — car ils descendent de Niangolo, le frère ainé — leurs ennemis à Ségou ont le territoire le mieux situé, autour du fleuve, une population plus large, diverse, et qualifiée avec beaucoup de fermiers, bergers, marchands et guerriers, sans compter le compétant Biton Coulibaly à leur tête.

C’est à l’occasion du siège de la ville de Mourdia par Foulakoro que Biton saisit l’opportunité de venir à la défense des ennemis de Kaarta. Foulakoro est vaincu, capturé et meurt en prison. Les Massasi, pensant leurs plaies, sont repoussés vers l’ouest. Sous le règne de Sey Coulibaly (reg. 1754 – 1758) et Deniba Bo (reg. 1758 – 1761), Kaarta devient semi-nomade. Le royaume se rétablit et regagne un peu de son pouvoir en pillant des nations plus faibles.

Sira Bo (reg. 1761 – 1780), de la dynastie Massasi, met une fin au mode de vie nomade. Guémou devient sa capitale, et il étend le royaume qui redevient un pouvoir régional.

Kaarta atteint son apogée sous Bodian Moriba (reg. 1818 – 1832), qui restore sa gloire d’antan en regagnant le territoire perdu. Mais la réussite la plus connue de Bodia est la paix qu’il négocie avec Ségou, mettant fin à une querelle de trois décennies.

Chute des royaumes et occupation française

Les deux royaumes animistes tombent, Kaarta en 1854 et Ségou peu de temps après, en 1862. Le prêtre Toucouleur, El Hadj Oumar Tall du Sénégal les conquiert dans ses djihads pour convertir toute la région à l’Islam.

En 1890, les Bambaras s’allient avec les Français pour reprendre la ville de Ségou. Le fils d’Oumar Tall, Ahmadou, fuit la ville sans confrontation. Ceci marque la fin du bref empire musulman, et le début de la vie sous l’occupation Française.

Sources et lectures complémentaires

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Diaby
Invité
Diaby

Style un peu trop épisodique. Certainement, pour en faciliter la lecture. Merci tout de même pour cette lucarne. Je prendrai plaisir à lire les autres récits…

ASSANE CAMARA
Invité
ASSANE CAMARA

Très instructif

moukhamadou coulibaly fonba
Invité
moukhamadou coulibaly fonba

moi c est moukhamadou coulibaly fonba je cherche toujour pour comprendre ma civilisation