Histoire des Ashanti : empire et colonisation

Les histoires orales s’accordent toutes pour dire que les Ashantis faisaient partie d’un clan unifié d’Akan, qui incluait aussi les Fantis, Wassas et autres peuples parlant le twi. C’est dans les détails de leur séparation que les récits divergent.

Gravure illustrant deux chefs Ashanti assis.
« Grand Chefs » Ashanti.
Source: Jules Gros, Voyages, aventures et captivité de J. Bonnat chez les Ashantis, 1884. (Image source)

Une légende décrit l’invasion des peuls et la destruction des cultures agricoles des Akan, qui les força à chercher des plantes comestibles. Un des groupes cueillit du fan, tandis que l’autre ramassa du shan pour survivre. Les deux groupes divergèrent et s’appelèrent les Fan-dti et les Shan-dti (dti voulant dire « manger »).

Une autre histoire suggère une dispute avec un roi local. Un groupe de sujets loyaux offrit du fan au roi en hommage, tandis que les sujets rebelles essayèrent de l’empoisonner avec de l’asun, une herbe fatale. Les groupes furent donc appelés les Fan-ti et les Asun-ti.

Encore un autre récit raconte une autre dispute entre deux factions dans le clan Akan. Un groupe quitta le royaume et prit le nom de Fa-tsiw-fu, « ceux qui se coupent du corps principal ». Les Akan qui restèrent rejetèrent une requête du roi leur demandant de restaurer la paix entre les deux groupes. Par conséquent, « ceux qui refusent d’écouter » furent appelés les Asua-tsiw-fu.

Émigration and les premiers États Akan

Carte de l'émigration des Akan, montrant la première émigration depuis la région du Lac Tchad.
Carte de l’émigration des Akan par D. T. Niane

Les ancêtres de la plupart des peuples de la côte, y compris les Ashantis et les Fantis, émigrent vers l’ouest depuis des terres peut-être aussi distantes que le Lac Tchad et la rivière Bénoué. Après avoir franchi le Niger, ils continuent à travers les forêts de l’actuel Benin et Togo avant d’atteindre la côte du Ghana.

Dans ces terres riches en or et en noix de kola, piliers du commerce, les Ashanti ainsi que leurs cousins Akan, fleurissent.

Au 16ème siècle, avec l’économie prospère de la région, un certain nombre d’États Akan très développés avaient émergé: les Bonos au nord, les Denkyiras, les Akwamus, les Fantis et les Ashantis au sud. Au cours du 16ème et 17ème siècle, les Denkyira s’accroissent pour dominer et exercer leur contrôle sur les plus petits États du sud.

Carte des États Akan (Ashanti, Fante, Denkyira, etc) sur la Côte-de-l'Or au 18ème siècle (actuel Ghana).
Carte des États Akan sur la Côte-de-l’Or dans les années 1700
Source: Histoire Générale de l’Afrique, Vol V

L’Empire Ashanti

Situez cet empire dans le temps avec une frise chronologique et l’article sur l’Histoire entière de l’Afrique de l’Ouest.

Le clan Ashanti des Oyokos s’est établi autour du lac du Bosomtwe près de Kumasi, une zone riche de l’intérieur, au carrefour des voies de commerces qui deviendra la capitale de l’Empire. Même sous l’emprise des Denkyira, ce clan s’élève pour trouver une place prééminente par rapport aux autres clans.

Unification des clans Ashanti

Obiri Yeboa (reg. v. 1660 – 1680) des Oyokos n’a pas pu voir ses ambitions pour le futur des Ashantis, unis et libres de l’influence des Denkyiras, porter leurs fruits. Mais pendant son règne, il sème les germes d’unification que son neveu et successeur, Osei Tutu (reg. v. 1680 – 1717) utilisera.

Partageant les rêves de son oncle, Osei Tutu développe un plan réfléchi pour renverser les Denkyiras. La première étape est unifier les autres clans Ashantis, et pour ce faire, il doit asseoir son autorité. Il prend le titre d’asantehene, ou « roi des Ashantis » — titre ambitieux pour un peuple qui n’avait eu, jusque là, que des chefs de clan —, et fonde la tradition du  Sika ‘dwa, « tabouret d’or ».

Si l’on en croit la légende, Okomfo Anokye, le prêtre en chef et conseiller de Tutu, convoqua les rois de chaque clan Ashanti. Lors de cette réunion, le prêtre fit apparaître un tabouret d’or des cieux, qui tomba sur les genoux d’Osei Tutu. De tels sièges ont toujours été symboliques du pouvoir d’un chef, mais celui-ci incarne l’esprit même du peuple Ashanti. Les chefs Ashantis jurèrent immédiatement leur fidélité au tabouret ainsi qu’a Osei Tutu en tant qu’asantehene, un acte qui fonda l’Union des Ashantis autour des années 1700.

Asantehene Otumfuo Opoku Ware II (r. 1970 - 1999) assis près du tabouret d'or des Ashanti.
Asantehene Otumfuo Opoku Ware II (reg. 1970 – 1999) à gauche et le tabouret d’or sur une chaise à droite.
Photo de Frank Fournier, à Kumase, Ghana, 1995. (Source)

La ville de Kumasi — qui doit son nom à l’arbre Kum sous lequel Osei Tutu s’asseyait pendant ses négociations territoriales — à l’intersection des voies de commerce, sur une terre riche en or et en noix de kola, devient la capitale du royaume. Le premier asantehene conçoit une nouvelle constitution, forme un conseil des chefs de clans, et la création du festival annuel Odwira cimente l’union.

Avec ces alliances assurées, Osei Tutu mène sa nouvelle armée pour vaincre les Denkyiras. Leur victoire permet aux Ashantis d’accéder au commerce européen qui se développe depuis la côte. Grâce à cela, l’Empire tripe sa taille, devenant une nation militaire robuste. Osei Tutu meurt en combat dans une campagne contre les Akyems, un autre État Akan.

Croissance de l’empire

Opoku Ware (reg. v. 1717 – 1750), le successeur choisi par Osei Tutu, crée le Grand Serment des Ashanti pour unifier davantage son peuple. Les mots « Koromante ne memeneda » — qui font référence au jour (dimanche) et à l’endroit (Koromante) de la mort d’Osei Tutu — empêchent le locuteur de rétracter la promesse au cours de laquelle ils sont prononcés. Le serment joue un rôle important dans les promesses d’allégeance, parce qu’il lie à jamais les chefs et l’asantehene.

Lors de son règne, Opoku Ware étend et consolide la portée et le pouvoir de l’empire. Il subjugue rapidement Sehwi, Gyaman et même Akwamu. L’incorporation de ces larges zones dans l’empire Ashanti accroît son domaine pour inclure la plus grande partie de l’actuel Ghana. La décennie de guerre avec les Akyems est un défi notable, et leur défaite en 1742 étend la domination politique et économique des Ashanti jusqu’au littoral. L’empire devient le plus grand marchand d’esclaves, d’or et d’ivoire sur la Côte-de-l’Or.

Durant la dernière partie de son règne, Opoku Ware se concentre sur la centralisation de l’empire. Il affaiblit les chefs provinciaux en augmentant le nombre de subordonnés rendant compte directement à l’asantehene. Ceci mène à maintes révoltes de la part des chefs provinciaux, ainsi que d’autres groupes comme les Akyem et les Wassa, qui sautent sur l’occasion pour exiger leur indépendance. Avant sa mort en 1750, Opoku Ware réussit à forcer les chefs à accepter sa réorganisation du gouvernement, évitant de peu l’effondrement de la nation, pour l’instant en tous cas….

Carte montrant l'Empire Ashanti dans les années 1800, dans l'actuel Ghana.
Carte de l’Empire Ashanti dans les années 1800.
Source: Encyclopedia of African History and Culture – Vol III, 2001.

Rébellion et rivalités

Quand Kusi Obodum (reg. v. 1750-1764) se fait déposer, Osei Kwadwo (reg. 1764 – 1777) prend le tabouret d’or. Il passe la plus grande partie de son règne à écraser les rebellions des Twifo, Wassa et Akyem, avec l’aide des Fantis — jusqu’à ce que leur alliance s’écroule. Finalement, il arrive à stabiliser le royaume. Il arrive même à l’étendre en conquérant Dagomba au nord, où il acquiert de nombreux captifs qu’il ramène à la côte pour les vendre aux Européens.

Osei Kwadwo altère aussi l’administration de l’empire en installant de nobles Ashantis pour superviser les provinces. Il envoie des représentants sur le littoral pour s’assurer que les Européens paient bien leur loyer pour leurs forts et châteaux, ce qui renforce le contrôle de la côte.

Déclin avec les guerres Anglo-Ashanti

Pendant que les Ashantis étendent leurs réseaux de commerce vers l’intérieur, de plus en plus de marchands et de forces expéditionnaires britanniques arrivent sur la côte. Ceci marque le début du déclin de l’empire au 19ème siècle. Les tensions toujours croissantes entre les Anglais et les Ashantis culminent en un siècle de guerre.

Certains États africains plus petits, comme les Fantis et Denkyira, accueillent les Anglais comme allies potentiels contre la puissance des Ashantis. La source de leur rivalité étant surtout l’habitude qu’ont leurs maîtres ashantis de lancer des expéditions contre leurs voisins pour capturer des esclaves et les vendre aux Européens, ou les faire travailler dans les champs aurifères.

Première guerre Anglo-Ashanti

Sous tension, les Ashantis envoient environ 10 000 guerriers pour expulser de leur territoire une force aux effectifs moindres de soldats Anglais, Fantis et Denkyiras en 1824. Ils exhibent la tête du  gouverneur anglais Charles MacCarthy (1769 -1824) dans la capitale, Kumasi, comme avertissement à tous ceux qui auraient des intentions quant à leur territoire.

Seconde guerre Anglo-Ashanti

Deux ans plus tard, les Anglais se vengent de leur défaite par une victoire sur les Ashanti à Kantamanto. Ces derniers sont obligés de renoncer à leurs droits sur plusieurs peuples côtiers, y compris les Fantis et les Akyems.

Troisième guerre Anglo-Ashanti

Les quelques décennies suivantes s’écoulent dans une paix relative, jusqu’à ce que les Anglais achètent les derniers forts néerlandais le long de la Côte-de-l’Or, ce qui fait des forces britanniques les seuls pouvoirs européens dans la région. Bien que les Ashanti soient des archers, mousquetaires et lanciers très habiles, ils ne peuvent pas vaincre l’artillerie anglaise qui marche sur Kumasi. Encore une fois les Ashanti doivent abandonner leurs droits sur tous leurs territoires au sud de la rivière du Pra. Le Royaume-Uni déclare officiellement sa colonie de la Côte-de-l’Or sur tout le littoral en 1874. Même si l’influence des Ashantis diminue au cours des 15 ans qui suivent, ils ne sont pas encore prêts à abandonner.

Les Ashantis réconstituent leurs forces, mais les Anglais, menacés par les demandes coloniales des Français, décident de s’assurer de leur emprise sur les régions intérieures de leur propre colonie. En 1895-96, ils font feu sur Kumasi avec des canons et obligent l’asantehene Agyeman Prempeh (1870 – 1931) à accepter son propre exil pour éviter une guerre totale et la destruction de la capitale.

Dernière guerre Anglo-Ashanti

Le reine mère des Ashanti, Yaa Asantewa portant la tenue traditionnelle de guerre ainsi qu'un fusil.
Yaa Asantewa, la reine mère des Ejisu dans l’Empire Ashanti.
Date exacte et photographe inconnus. (Source)

En 1901, les Ashantis ne sont plus prêts à supporter l’occupation étrangère de leur territoire. Yaa Asantewa (1850 – 1912),  mère d’un chef éminent,  et elle-même chef militaire féroce prend le pouvoir. Elle lance des offensives pour récupérer leur capitale. Malgré quelques victoires précoces, les Ashantis sont écrasés par l’arrivée de renforts du Nigeria et de Sierra Leone, qui viennent appuyer la puissance de tir déjà supérieure des Anglais. Des témoins disent que Yaa Asantewa fut la dernière Ashanti à déposer ses armes. Cette défaite consolide l’emprise des Anglais sur la Côte-de-l’Or, marquant la fin des guerres Anglo-Ashanti et le début de l’ère coloniale dans l’Afrique de l’Ouest britannique.

L’empire aujourd’hui

L’empire n’a jamais entièrement cessé d’exister dans la région Ashanti de Ghana. La lignée de rois Ashantis continue toujours, du moins dans un cadre cérémoniel, avec le 16ème asantehene, Osei Tutu II, intronisé en 1999.

Sources et lectures complémentaires

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