Kwaku Anansi et le pot de sagesse

La toile traditionnelle de contes et légendes qui allégorise la nature humaine — en particulier sa tendance vers la sagesse, l’ingéniosité, la réflexion, mais aussi la perspicacité et la duplicité qui vont souvent de pair — couvre les cultures du monde. Elle s’étire d’un bout à l’autre du globe, du Japon aux Amériques en passant par l’Inde, et souvent, une petite créature astucieuse à huit pattes apparait et se métamorphose, mais jamais plus fréquemment qu’en Afrique de l’Ouest. En suivant l’un de ses fils conducteurs, on arrive directement au Ghana, et au dieu-araignée allégorique : Kwaku Anansi.

Illustration d'Anansi, l'araignée malice des peuples Ashanti et Akan d'Afrique de l'Ouest, par lfinrod.
« Anansi », de lfinrod.

Anansi, le dieu-araignée malicieux

Entremêlé dans l’étoffe du folklore Akan-Ashanti — entre la trame étiologique (récits qui interprètent le monde naturel : « Comment le léopard a obtenu ses taches ») et étymologique (histoires expliquant la dérivation des mots : « Comment le bélier est venu à être appelé Odwanini ») — se trouve Anansi, le dieu-araignée, et ses apologues, ou contes moraux.

À la fois intelligent et rusé, sagace et malicieux, Anansi — l’intermédiaire et parfois rival du dieu céleste Nyame — tisse le soleil, la lune, les étoiles et l’ourlet qui empêche le jour de s’effilocher en nuit. L’humanité est liée par sa broderie, à travers l’érudition qu’il transmet — savoir agricole, connaissance architecturale, etc. — et à travers le corpus d’histoires qu’il acquiert pour l’humanité : Anansesem, les « contes-araignées », aussi connues sous le nom de Nyankonsem, les « paroles du dieu céleste » lui-même.

Anansi et le pot de sagesse

Racontées uniquement de nuit, les facéties du dieu-araignée ont été mises en lumière à travers les transcriptions en Twi par l’africaniste R.S. Rattray, relevées directement des bouches des conteurs Ashanti. Un des Anansesem les plus adorés est le conte connu du monde entier sous le nom de Anansi et le pot de sagesse.

Transcription twi

SE ‘YOYE A NYANSA BA OMANM’

y Ese Kwaku Ananse na owo ho, na oprapraa nyansa nnyina boaa’no na ode guu toam’. Ose ode foro dua ako sen so, na nyansa nnyina asa asase so. Na omaa so se ode koro, na oko duruu dua a, ode eko sen so, ase, na ode homa sa toa no so, na ode yaneye, na toa no bedii n’anim’, na ode kaa dua no se oforo.

Oforo, foro, foro a, twon! Na ode aka no bio, nso oforo, foro, foro, twon! Na ne ba, Ntikuma, gyina ho a, ose, « E! w’ani awu, nkra wo danee toa no too w’akyi a, nkra watimi afo’. »

Ose, « So ho ne wo mpan’insem. » Na wasan aforo bio sara, nsoso pasa! Afei na ofwe ha, na ode toa no too n’akyi. Afeidie ode kaa no, kra! kra! kra! ona okoro no.

Oduruu dua no nkon, ose, « Kwaku Ananse mawu Afio, me ‘ba, kete, kete, kete, me, me wo ho yi, maboaboa nyansa nnyina ano, na se ebi aka na me ara manhu, na me ‘ba, totofefewa, na wakyere me! »

Na osoo toa no mu, na tintini! na atoo toa no twene, na tesee!

Ene se nyansa obiara nyaa bie, na wo a wanko ho ntem no, ene (sebe) ‘kwasea. M’anansesem a metooye yi, se eye de o, se ennye de o, momfa bi nko na momfa bi mmere me.

Traduction française

COMMENT EST-IL ARRIVÉ QUE LA SAGESSE SOIT VENUE À LA TRIBU

On dit que Kwaku Anansi, l’homme-araignée, était là, et qu’il avait pris tout le savoir, l’avait regroupé à un endroit, et l’avait mis dans un pot calebasse. Ensuite il déclara qu’il grimperait un arbre et accrocherait le pot en haut, pour que tout le savoir sur terre soit fini. Il emporta donc le pot, et quand il arriva au-dessous de l’arbre où il allait l’accrocher, il prit une corde, l’attacha à la calebasse, l’accrocha devant lui, et commença à grimper.

Illustration d'Anansi, l'araignée malice des contes Ashanti, portant le pot de sagesse sur son dos.
”Anansi et le pot de sagesse”, par l’illustrateur Baba Wagué Diakité.

Il grimpa, grimpa, grimpa; en vain. Il essaya encore une fois, et encore une fois, il grimpa, grimpa, grimpa; en vain. Maintenant, son fils, Ntikuma, qui se tenait à côté, dit: « Oh, tes yeux sont surement morts (de honte), n’aurait-il pas été mieux que tu tournes la calebasse et que tu la mettes sur ton dos, comme ça tu aurais sans doute pu grimper? »

Il (l’homme-araignée) dit: « Vas-t-en, toi et tes paroles vieux jeu. » Il se retourna pour grimper encore comme avant, mais encore une fois, en vain. Apres avoir considéré longtemps, il prit (enfin) la calebasse et la mit sur son dos. Ensuite, il grimpa, et monta vite, Kra! kra! kra! (c’était le bruit qu’il faisait en grimpant); c’est parti.

Il arriva où les branches commençaient à se séparer du tronc, et se dit (à lui-même), « Moi, Kwaku Ananse, par le moindre dieu, Afio! Je pourrais aussi bien être mort, mon enfant qui est si petit, si petit, si petit… Me voilà moi, j’ai recueilli tout le savoir (du moins je le croyais), mais il en restait que je n’avais même pas perçu, et voilà, mon enfant, un nourrisson, me l’a montré. »

Il saisit la calebasse, et il y a eu un fracas, tintini! Et il la jeta, et il y a eu un son d’éparpillement, tesee!

C’est comme ça que tout le monde a reçu le savoir;  et tous ceux qui n’y sont pas allés à temps (pour en ramasser) sont — pardonnez mon franc-parler — des sots. Ceci, mon histoire que j’ai relatée, qu’elle soit sucrée, (ou) qu’elle ne soit pas sucrée, emportez-en ailleurs, et remmenez-en vers moi.

Sources et lectures complémentaires

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