Le griot

Au-dessus du vacarme de la culture de tous les jours — du bavardage spontané du marché aux rythmes polyphoniques de l’enclume, du pilon de mortier, ou de la navette du métier à tisser — s’élève la poésie acoustique du griot ouest-africain. Si c’est à travers la magnifique cacophonie du quotidien que les gens affirment le présent, c’est par sa strophe disciplinée et mesurée que le griot, ou djéli, leur rappelle d’où ils viennent et où ils vont.

Trois peintures d'un griot en trois étapes, en train de chanter des louanges, accompagné de son tama.
Chanteur de Louanges I, II, III (Triptyque), par MOA

Le griot : mémoire d’un peuple

« On dit que le jour où tu ne sais plus où tu vas, rappelle-toi juste d’où tu viens. »

— Sotigui Kouyate, La Voix du Griot

Et donc le griot, maître de la parole et héritier du titre nyamakala (gardien du nyama), donne une musicalité et une voix épique à la mémoire d’une culture, tandis que les percussions qui l’accompagnent parfois — kora, ngoni, balafon, djembé, tama, etc. — amplifient ou imitent la tonalité et la prosodie de son chant.

Propre au Sahel et aux savanes d’Afrique de l’Ouest, ce chanteur de louanges itinérant — en outre généalogiste, historien et même satiriste social — préserve et recrée un paysage sonore qui résonne depuis au moins l’époque de Soundiata (reg. 1230-1255), fondateur de l’Empire du Mali.

« Sans nous, les noms des rois seraient oubliés, nous sommes la mémoire de l’humanité. Avec la parole orale, nous donnons vie aux faits et aux actions des rois devant la jeune génération. »

— Mamadou Kouyaté

Le griot moderne

Si l’art ancestral du griot est résistant, retentissant, et enraciné dans la culture traditionnelle du Mandé, il est aussi — comme en faisant écho aux motifs de chants à réponse, emblématique de la musique ouest-africaine — réactif à l’appel des événements contemporains.

« Tandis qu’il [le griot] doit connaître beaucoup de chants traditionnels sans erreur… son esprit peut être dévastateur, et sa connaissance de l’histoire locale formidable… il doit aussi avoir la capacité d’improviser sur l’actualité, les incidents imprévus et les scènes de passage. »

— Paul Oliver, Savannah Syncopators

Les paroles du griot moderne — artistiques, théâtrales, et maintenant même globales dans leur résonnance — traversent non seulement les générations, mais les frontières ancestrales qui auparavant les contenaient et les créaient.

Ka nyama bo! Que les pouvoirs du nyama se dispersent.


Une éloge aux filles aînées : Sirata, par le griot Khassonké Habib Koité.

Sources et lectures complémentaires

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