Le marionnettiste

Le marionnettiste ouest-africain vacille, penche et chancelle, se livrant aux demandes de sa sculpture. Il est à la fois ajogi, le danseur Yoruba de l’image en bois, et nyamakala, le gardien Malinké de la force spirituelle, lorsqu’il tire sur les ficelles et les baguettes d’une des traditions les plus anciennes d’Afrique.

Têtes de deux marionnettes ouest africaines, articulées à la bouche et ornées de cauris, qui attendent le marionnettiste.
Marionnettes Africaines. Image: Pascale Gauthier-Dionne

Le marionnettiste, « danseur de l’image en bois »

Le sol vibre avec le rythme du djembé. Le danseur-marionnettiste se déplace dans l’espace avec la maîtrise et la responsabilité d’un homme initié. Et il se déplace dans le temps, faisant appel aux anciennes traditions du monde des mascarades, des danses masquées et du culte des objets.

Il a hérité d’un patrimoine gestuel riche, celui des anciens guérisseurs qui cajolaient des figures divines avec des fils noués à leurs orteils (Burkina Faso), celui des danseurs masqués de la tête aux pieds qui abandonnent leurs identités humaines aux spectacles Gélèdé (Bénin) et Sogo Bò (Mali), celui des sociétés secrètes comme l’ekon (Ibibio) ou le kamalen tonw (Bambara) qui « explorent, construisent et intensifient leurs identités [culturelles] à travers l’art de la marionnette. » *

Le marionnettiste ouest-africain est lyrique, satirique. Il divertit, inspire, révèle, et ajuste les valeurs de sa société dont les marionnettes sont considérées l’âme.

La marionnette

« La marionnette se lève doucement, se tient debout, et regarde comme ça… On a l’impression qu’on manipule la marionnette, mais c’est le contraire – c’est la marionnette qui manipule le marionnettiste. »

― Yaya Coulibaly
Une marionnette traditionelle avec fils créée par le marionnettiste Yaya Coulibaly.
Photographie: Pascale Gauthier-Dionne

La marionnette se lève, soutenue par les anciennes forces qui occupent et animent tout objet. Elle contient le résidu des esprits ancestraux, « les reliques d’usages occultes, le sacré et le taquin ensemble, qui survivent dissimulées dans le présent. » **

Elle se tient debout. Elle regarde vers le passé, vers ses origines mythiques — lorsqu’elle fut tirée de la terre des morts par les Ibibio (Nigéria), lorsqu’elle fut retirée des eaux mystiques (Guinée), ou lorsqu’elle fut donnée par les génies aux gens du Gomitogo, un village de pêcheurs Bozo (Mali). Elle se tourne vers le présent, prend sa place dans la sphère sociale actuelle, une émergence que les Bozo et Sòmonó appellent do bò, « le secret apparaît. »

Typiquement sculptée, soignée et insufflée de vie par la caste spécialisée des forgerons d’où viennent les marionnettistes contemporains come Yaya Coulibaly du Mali, la marionnette est « un tout articulé, distinct, capable de surprendre son propriétaire avec ses mouvements, et les histoires qu’elle raconte. » **

Le maître marionnettiste Togolais Danaye Kalanfie appelle encore la marionnette un « fétiche », ce qui évoque des mondes perdus qui ont pourtant assez de pouvoir pour piquer, parodier, provoquer, plaisanter et enfin se propulser dans le futur de l’Afrique de l’Ouest.

L'Epopée de Soundiata, une pièce de théâtre avec des marionnettes, par le marionnettiste Yaya Coulibaly
L’Epopée de Soundiata, le fondateur de l’Empire du Mali, une histoire transmise à travers les générations, Nouveau Théâtre Expérimental . Photographie: Pascale Gauthier-Dionne

« Les marionnettes sont l’âme de notre société… Elles nous apprennent les valeurs comme la tolérance, la paix, le partage. Elles nous instruisent à propos de l’histoire et de l’occulte. Elles sont les juges, les satiristes, et les critiques politiques. » 

― Yaya Coulibaly

Sources et lecture complémentaire

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