Ode à la noix de kola

Peinture abstraite de gens autour d'un bol de noix de kola rouges, des fruits chéris à travers l'Afrique de l'Ouest.
“Red Kola Nut” du peintre nigerian Gbenga Offo.

 

“Le mot ‘amitié’ dans notre société vient de ce fruit. Il faut le fendre en deux ; une main ne peut pas applaudir seule ; il en faut deux pour faire du bruit. Tout ce que je fais dans mon art, comme forme d’expression visuelle, est inspiré de ce fruit. La noix de kola, qui a une représentation rituelle et divine dans la société d’où je viens en Afrique de l’Ouest, c’est ma matière… un cadeau tombé des dieux jusqu’au peuple africain.” — Artiste Sénégalais, Gade Diouf.

 

Textile abstrait teint avec des noix de kola.
“Dualité” par Gade Diouf.

 

Au-delà de son usage comme matériel et muse d’artiste, que ce soit pour enrichir la palette de couleurs du bògòlanfini rouge des Bambaras du Mali, du kola/indigo batik des Serer en Gambie ou du tissu huronko des Limba/Yalunka en Sierra Leone — et même au-delà de son usage comme forme de monnaie historique (tout comme les cauris) —, la noix de kola, une fois présentée et fendue, joue un rôle dans pratiquement tout aspect de la vie ouest-africaine, de la naissance à la mort.

« Aucune activité socio-culturelle n’est menée dans notre pays sans la noix de kola ; aucun autre fruit n’a joué un rôle aussi essentiel dans le Sahel. » — Mamady Kouyate, griot Malien.

 

Casser la noix de kola

Des générations de propositions ont été acceptées ou rejetées, de compliments et d’insultes échangées, de rites de naissance et de funérailles accomplies, et même de guerres déclarées et évitées avec la présentation et la fente rituelle d’une noix de kola, dans tout son symbolisme coloré. Prudemment déroulée de son emballage en peau de chèvre, avec des incantations dans l’air, des symboles dessinés par terre, et du poivre de crocodile sur la langue, la noix de kola est cassée cérémoniellement*, et ensuite savourée à travers l’Afrique de l’Ouest.

Un homme garde une noix de kola entre ses lèvres pour la chérir aussi longtemps que possible, au Mali.
Savourer la noix de kola, Mali. Photographie de Frank Janssens.

« La noix de kola dure plus longtemps dans la bouche de celui qui la chérit. » — Dramaturge Nigérian, Ola Rotimi, The Gods are not to Blame.

 

La noix de kola : omniprésente, omnipotente

Jetées sur une planche divinatoire Obi des Yorouba ou éparpillées par un clairvoyant Fa ; distribuées officiellement par un chef Mamprusi ou consommées de façon informelle, comme remède stimulant ; portées comme emblème de prestige par les jeunes Wolof dans les rues de Dakar ou élevées en un symbole adinkra des Akan, bese saka, les noix de kola sont partout… omniprésentes, répandues, puissantes. Symbole Akan adinkra, bese saka : sac de noix de kola.

Onya wetara oji wetara ndu

Celui qui apporte la kola apporte la vie. — Bénédiction Igbo de la kola

Adepte vaudou qui nettoie et purifie des noix de kola cérémonielles, Ouidah, Bénin.
Rituel de purification vaudou des noix de kola, Ouidah, Bénin. Photographie de Jason Florio.

 

« Oji anaghi anu oyibo »

La noix de kola n’entend pas, ne parle pas, et ne comprend pas la langue anglaise. [Ásụ̀sụ̀ Ị̀gbò, Igbo]

Si entremêlés sont la culture et la langue que seul le plus haut niveau d’art oratoire autochtone peut bénir la noix de kola. Quant au mot kola lui-même, l’anglais et le français ont tous deux respecté et préservé son origine étymologique ouest-africaine : kɔ̆la en Temné, kɔ̆lo en Malinké.

 

Deux hommes yoroubas essayent de prédire l'avenir avec des noix de kola, Ifa
Divination et offrandes Ifa des Yoroubas. Photographie de John Pemberton III.

 

« Ceci est la noix de kola. Cette graine, c’est une étoile. Cette étoile, c’est la vie. Cette étoile, c’est nous. Les Igbos estiment la noix de kola sacrée, ils l’offrent à chaque réunion et à chaque visiteur, comme bénédiction, rafraichissement, ou pour sceller un contrat. La prière qui précède la fente et le partage de la noix est : Celui qui apporte la kola apporte la vie. » — Chris Abani, auteur, poète, dramaturge Nigérian, Graceland.

 

Sources et lectures complémentaires

 

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