Le tambour parleur

« Le plus important de tous les tambours », dit [Ogotemmêli], « est le tambour d’aisselle. C’est le Nommo qui l’a fait.

« Il en a donné l’image avec ses doigts, comme font aujourd’hui les enfants avec les jeux de ficelles. Écartant les mains, il passa dix fois le fil dans chacun des quatre doigts, le pouce n’étant pas utilisé. Il obtint ainsi dans chaque main quarante boucles qui faisaient quatre-vingts fils, nombre même des dents d’une de ses mâchoires. Ses mains, palmées, figuraient les peaux des extrémités. Symboliquement, frapper sur le tambour, c’est frapper sur les mains du Nommo.

« Ainsi les hommes reçurent la parole définitive, complète et multiple qui convenait aux temps nouveaux. »

― Marcel Griaule, Dieu d’eau

Le tambour parleur, de la spiritualité à la parole

C’est ainsi que deux peaux de tambour liées par des cordes de tensions, lient à leur tour les Dogons à leurs Nommos ancestraux et à la parole. Le fait que « le plus important de tous les tambours » soit lié non seulement à la spiritualité mais aussi à la parole est évident dans son nom traduit, « le tambour parleur », et est compris même dans ses contours : les contours concaves qui lui donne sa résonnance, les contours des inflexions sonores des langues tonales qu’il imite, et les contours spirituels qui ritualisent sa propre création.

Dans le processus créatif appelé ilu sise, le fabriquant de tambour yorouba utilise uniquement le bois d’arbres qui poussent le long de routes crées et utilisées par l’homme ; des arbres qui sont accoutumés à la langue humaine des passants. Le bois est imprégné de libations et de prières pour apaiser l’esprit divin du tambour, Ayangalu, l’esprit gardien de tous les percussionnistes. On lui donne alors « l’éloquente parole », ou ofo, le pouvoir de la parole.

Cette « éloquente parole » — la magnifique recréation de l’ascension et de la chute du langage — est entrelacée dans les cordes en cuir du tambour avec les gestes consacrés du tisserand. Compressés ou relâchés, ces cordes peuvent générer différents tons ; des tons qui atteindent les Orishas, les divinités des Yoroubas, qui vibrent directement dans les mains des Nommos dogons, et qui répliquent les tonalités et les rythmes des paroles terrestres des humains.

« Dùndún fòràn gbogbo sàpamóra »

(Le tambour parleur endure toutes questions sans plainte.)

― Proverbe yorouba

Langage du tambour

Photographie de la main d'un percussioniste, qui tient un tambour parleur et un chasse-mouche sur ses genoux.
Photographie d’Aly Barro.

Les mots des langues nigéro-congolaises de l’Afrique de l’Ouest sont majoritairement tonales et l’orature des cultures qui les parlent est souvent stylisée, épithètique, proverbiale, et mélodique. Le tambour parleur dépend précisément de ce modèle d’expression étendue. Un mot parlé, quand on lui donne un contexte, un ton et un rythme dans une séquence de percussions, se répercute à travers de très grandes distances. Le mot « lune » est élaboré dans sa traduction rythmique : « la lune qui regarde la terre de haut ». L’annonce de « son retour » est contextualisé et compris grâce à son équivalent percussif amplifié : « il a ramené ses jambes, il a ramené ses pieds. »* Lorsqu’ils sont produits par un tambour Akan qui est rempli d’esprits tweneboa, ces rythmes arrivent, dit-on, directement dans l’oreille de l’Asantehene.

Ce tambour à tension particulier en forme de sablier — tama (Mandingue, Sérère, Wolof), dùndún, gangan (Yorouba), donno, lunna (Dagbani, Gourounsi, Mooré), tamanin (Bambara, Bozo, Dyula), dondo, odondo (Akan: Fante, Twi, Baoulé), mbaggu (Peul), kalangu (Hausa) — est l’un des plus anciens instruments d’Afrique de l’Ouest, attaché aux épaules des griots de l’ancien empire du Mali, ou résonnant d’un passé encore plus ancien au Wagadou.

« [Bien que] le tambour parleur est un instrument qui vient de très loin dans le passé, il entraîne le futur. Lorsqu’on le joue, on dirait qu’il pourrait remplir l’univers entier. »

― Baaba Maal

Sources et lecture complémentaire

  • Carrington, J. F. (1969). Talking Drums of Africa. Londres, UK: Carey Kingsgate Press. *
  • [French] Griaule, M. (1948). Dieu d’Eau : Entretiens avec Ogotemmêli. Paris, France: Librairie Arthème Fayard.
  • Kaminski, J. S. (December 2014). Sound Barrage: Threshold to Asante Sacred Experience through Music. International Review of the Aesthetics and Sociology of Music, 45(2), 345-371. Récupéré 28 janvier 2019 de JSTOR.
  • Omojola, B. (March 2010). Rhythms of the Gods: Music and Spirituality in Yoruba Culture. Journal of Pan African Studies, 3(5), 29-50. Récupéré 28 janvier 2019 de JPAS.

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